Redynamiser la démocratie grâce aux outils numériques

Introduction

Le constat est unanime, relayé par les médias, les intellectuels et (plus étrangement) par les responsables politiques eux-mêmes, la démocratie représentative est malade, il est urgent de la soigner et cela passe par une modification en profondeur.

De nombreuses expressions ont fleuri dans le champ médiatique : “déficit démocratique, crise de la représentation, dépo¬litisation, désaffection du politique, crise de légitimité de l’État."

Bien sûr tous ne préconisent pas le même traitement mais on peut néanmoins souligner que tous sont d’accord sur le fait que les outils numériques disposent d’un potentiel certain pour revitaliser la démocratie.

Cet énoncé est tellement repris par tous les protagonistes qui ont à s’exprimer sur le sujet qu’aucune thèse contradictoire n’émerge ou en tout cas n’apparaît dans le champ médiatique. Ce qui n’est pas le cas du milieu universitaire qui est beaucoup plus sceptique sur l’aspect démocratique des outils numériques et l’effet positif qu’ils pourraient avoir sur notre vie politique.

Mais s’ils contestent le déterminisme technologique qui voudrait que les NTIC révolutionnent la démocratie en la rendant enfin effective pour tous, il est indéniable que les NTIC sont déjà des apports à la démocratie.

Problématique

Dans quelle mesure, et sous quelles modalités, les nouvelles technologies de l’information et de la communication peuvent-elles faire évoluer la pratique démocratique au sein des démocraties libérales dont fait partie la France ?

1/ Le scepticisme des uns

La politique ne serait pas affectée dans ses fondamentaux par les NTIC. Nous serions en présence d’une évolution dans la forme mais pas dans le fond.

L’essence de la politique n’a pas changé pour le moment du fait des nouvelles technologies (mêmes processus de désignation des candidats, même domination des profils traditionnels dans les différents pays du personnel politique en place ou en devenir).

Jusqu’à présent, l’internet ne semble pas élargir les bases de recrutement des organisations politiques, ni transformer en profondeur leur mode de fonctionnement, malgré des tentatives en ce sens. Au contraire, comme l’ont montré diverses études sur ATTAC, son utilisation tend à renforcer le pouvoir des militants les plus impliqués ou de ceux qui disposent de ressources ou de compétences particulières.

Il est au demeurant incertain que le surplus d’information que pourrait apporter l’internet ait des effets sur l’exercice de la citoyenneté : les citoyens les plus politisés sont certes de gros consommateurs d’information mais, en général, celle-ci ne modifie pas mais renforce leurs attitudes ; les citoyens qui seraient susceptibles d’être perméables à de nouveaux flux d’information sont en général peu intéressés par la politique.

Ainsi, loin de favoriser une ouverture du paysage politique, comme on aurait pu l’espérer, l’internet tend à reproduire les rapports de force existants : dans toutes les démocraties industrialisées, les partis politiques les plus importants sont davantage présents en ligne que les formations minoritaires ou marginales car ils sont plus riches et disposent des compétences pour créer et surtout assurer la maintenance d’un site web.

Et au fond souhaite-t-on vraiment un chamboulement de la structure institutionnelle ?

Certaines modalités de cette révolution démocratique via le numérique peuvent apparaître aux yeux de certains comme des régressions démocratiques. Exemple du vote à distance par internet :

“Le vote à distance, via internet, ne présente-t-il pas un risque de soumettre les électeurs à la pression du milieu et notamment l’environnement familial ? L ‘ isoloir est sans doute la plus sûre manière de permettre à chaque personne de voter librement; le vote sur internet ouvre la porte à toutes les influences possibles, à commencer par celle que nous pourrions exercer sur notre conjoint.” Frédéric Tardy dans Le Journal des Télécoms n°235 de 2012

Ne retrouve-t-on pas dans la démocratie numérisée les mêmes rapports de forces que dans le champ traditionnel (médiatique ou physique) ? (in “La démocratie à l’épreuve du numérique”, Jean-Jacques Gabas développe l’idée que suite à la catastrophe d’AZF en 2001, "Le réseau internet a été pour un groupe de militants un vecteur permettant de maintenir et conforter une position hégémonique. Se pose très concrètement une difficulté d’organisation des débats en particulier entre les militants politique et syndicaux déjà organisés et ceux qui ne le sont pas. Le net n’a pas contribué à élargir l’espace de débat public.")

La démocratie directe par les NTIC suppose aussi un haut niveau de politisation et de participation politique. Or toutes les études sur la participation politiques montrent que l’électorat est peu au fait des enjeux politiques et relativement apathique. Actuellement, seule une minorité s’informe des questions d’intérêt public et délibère.

Au problème de l’intérêt vient se greffer la question du temps disponible pour s’informer et échanger; les travaux portant sur le militantisme soulignent la difficile conciliation travail-famille-vie militante.

A ce stade de la recherche, il ressort que l’usage des NTIC dans les pays démocratiques “relève d’une stratégie additionnelle, et non substitutive, dans l’expression du politique”. Autrement dit, la technologie ne bouleverse pas les structures de l’ordre politique et économique et très rarement, les rapports de force existants, bien qu’elle puisse induire des modifications dans la structure des mouvements sociaux et dans la délibération publique.

Contre exemple de Nuit Debout qui s’est présenté comme une démocratie délibérative et où il n’a pas été question des outils numériques. Peu de choses de Nuit Debout se sont faites en ligne hormis un site purement informatif. Aucun mécanisme de vote ou de consultation n’était possible en ligne. Tout se faisait sur le terrain, il fallait être physiquement présent. Ce qui est étonnant c’est que ce phénomène soit inspiré par des mouvements qui eux revendiquent les NTIC pour l’amélioration de la démocratie comme le Parti Pirate.

Nuit Debout a privilégié une démocratie de style athénienne avec une présence physique de ses membres, comme, au fond, une assemblée parlementaire classique plutôt que de faire un usage massif des NTIC. Avec toute la discrimination que cela implique (contrainte spatio-temporelle, coût financier de se rendre à Paris, avantage aux personnes résidants près de la Place de la République)

Transition : La déception vis-à-vis des NTIC et de leur apport à la démocratie vient sans doute de l’attente disproportionnée que les principaux acteurs en avaient. Néanmoins de réelles avancées démocratiques ont déjà eu lieu avec les NTIC et d’autres peuvent encore avoir lieu pour améliorer le fonctionnement de notre démocratie représentative plutôt que de la liquider.

2/ Les solutions concrètes apportées par les NTIC

Évolution indéniable de la pratique politique et du jeu institutionnel indéniable (réseaux sociaux, blogs, transparence des travaux parlementaires, tchat instantané avec les élus).

La cyberdémocratie a déjà permis de grandes choses, force est de reconnaître que certains ont été visionnaires quant aux application concrètes que pourraient apporter les NTIC à la démocratie.

Comme par exemple Jacques Attali dès 1996 :

“Le Web représentera sans aucun doute une mutation radicale dans la façon de communiquer, aussi importante que l'ont été, en d'autres temps, l'imprimerie et le téléphone. […] Une société sans intermédiaires où la démocratie électronique, si redoutée depuis longtemps, deviendra techniquement possible: le citoyen pourra s'adresser, réellement, à chaque instant au pouvoir, comme le permettent déjà, virtuellement, les sondages. […] Il appartient à notre génération de faire de cet outil révolutionnaire l'instrument d'une meilleure distribution de la responsabilité et de la créativité.”

Passage d’une démocratie représentative ou directe à une démocratie liquide ?

Rappel de la démocratie représentative et de la démocratie directe. Introduction au concept de démocratie liquide et du logiciel qui est censé le permettre “Liquidfeedback” utilisé notamment par les différents partis pirates.

Internet peut-il faire évoluer le système institutionnel ? Les révolutions arabes et les limites de la révolution digitale (chute du régime en place mais non-émergence d’une nouvelle démocratie donc NTIC utile pour faire évoluer un régime politique mais incapable de bâtir seules un nouveau système institutionnel)

Dans le cadre du maintien de la démocratie représentative, par exemple avec les institutions de la Vème République, les logiciels de campagne comme Previoo, édité par Plebiscit, cabinet conseil en communication politique, en stratégies électorales, spécialiste de la formation des élus locaux, ne sont-ils pas un outil pertinent pour “réenchanter” la vie politique et démocratique ?

Le pionnier des logiciels de campagne fut Blue State Digital, fondé en 2004 il s’agit originellement d’une plate-forme de marketing digital et de campagne d’engagements sur Internet à destination des oeuvres caritatives et des campagnes électorales.

Après quelques campagnes secondaires, l’outil est utilisé par l’équipe de Barak Obama en 2008 et prouve son efficacité opérationnelle avec la collecte de 500 millions de dollars et la constitution d’une communauté de 13 millions de volontaires.

En 2009 apparait NationBuilder à Los Angeles, toujours dans le but d’organiser des campagnes électorales par la mise en place de communautés en ligne de volontaires.

L’outil est utilisé pour la première fois en France en 2013 lors des primaires socialistes de la ville de Marseille pour les municipales 2014 par Patrick Menucci

Inconvénient majeur de ces solutions : Développés pour les campagnes américaines où les contraintes budgétaires sont bien moins prégnantes, ces solutions sont très complètes mais très complexes dans leur utilisation et donc nécessitent des équipes entièrement dédiées ce qui coûte très cher. Or les plafonds de campagnes sont relativement bas en France.

D’autres solutions ont été développées, notamment en France, mais chacune d’elle ne couvre qu’un seul aspect des fonctionnalités des logiciels de gestion et d’animation des campagnes électorales. 50+1 (cartographie électorale et porte à porte) et DigitaleBox (communauté en ligne avec mailing). Ces fonctionnalités parcellaires obligent les candidats à combiner plusieurs outils qui ne communiquent pas entre eux ou bien à ne pas utiliser tout l’éventail des possibilités techniques.

En quoi Previoo est supérieur aux autres logiciels ? Previoo, édité par Plebiscit, cabinet conseil en communication politique, en stratégies électorales, spécialiste de la formation des élus locaux, intègre l’essentiel des fonctionnalités d’un logiciel de gestion et d’organisation de campagne électorale pour un coût modéré et une facilité d’utilisation maximale. Nul besoin de toute une équipe, une personne seule peut utiliser Previoo après une courte formation initiale.

Là réside la force de Previoo par rapport à ses concurrents

Ce que permettent les outils de gestion de campagne électorale comme Previoo :

  • Evolution non-négligeable d’un schéma où l’homme politique propose sans connaître véritablement les attentes de ses électeurs à un schéma où l’homme politique sait ce qui préoccupe ou intéresse les citoyens afin non pas de modifier son discours pour donner aux citoyens ce qu’ils veulent mais d’ajuster son action afin de mettre en avant les propositions correspondantes.

Rapport du Conseil de l’Europe pour le Forum mondial de la démocratie : “Les gouvernements et les parlements doivent aussi mieux tirer profit du web en tant que source de données agrégées décrivant les préférences et les besoins des citoyens qu’elles représentent. […] certains gouvernements analysent systématiquement les données du web dans le cadre de programmes de renseignement controversés, mais les services publics et les parlements pourraient aussi s’en servir pour « prendre le pouls de la population » et faire en sorte que l’agenda politique reflète davantage les questions qui préoccupent les gens”

  • Suivi électeur par électeur des actions de la campagne afin de prendre en compte le plus grand nombre de citoyens possibles
  • Assurer aux électeurs une meilleure information de l’offre électorale afin qu’ils puisent faire leurs choix en connaissance de cause.
  • Etc…

Est-ce que ces remises en cause de nos systèmes politiques signifient que nous les jugeons désormais non démocratiques ?

Non, il ne faut pas développer une vision manichéenne avec d’un côté les systèmes démocratiques et de l’autre les systèmes non-démocratiques. Il y a une gradation de la démocratie et celle-ci peut-être améliorée en permanence, il n’y aura jamais de démocratie pure et parfaite.

Les logiciels de campagne ne sont pas là pour mettre à bas notre fonctionnement institutionnel, ils sont là pour le rendre plus efficient et plus équitable entre tous les protagonistes qui y participent. En offrant à tous les candidats, pour un coût modeste, un outil puissant de gestion et d’animation de campagne électorale, Previoo, édité par Plebiscit, cabinet conseil en communication politique, en stratégies électorales, spécialiste de la formation des élus locaux, réduit l’asymétrie entre les candidats issus des grosses structures partisanes constituées et ceux qui ne le sont pas.

Un autre avantage non négligeable de ces outils est qu’ils vont permettre aux candidats de concentrer leur énergie sur l’aspect proprement politique de leur campagne. L’efficacité des outils va se traduire par la libération de volumes horaires conséquents qui pourront être utilisés par le candidat pour aller sur le terrain à la rencontre des électeurs, travailler à l’élaboration du programme, activer efficacement son réseau, etc…

Conclusion

Les outils numériques pourront changer la démocratie, dans sa pratique plus que dans son essence, en fonction de la place qui leur sera laissée par les institutions et de l’appropriation qui en sera faite par les citoyens et les hommes politiques.

À fonctionnement institutionnel constant, le maintien de la démocratie représentative, les outils numériques sont un potentiel à disposition des hommes politiques pour renouer un dialogue constant avec les citoyens et s’assurer d’une meilleure prise en compte de leurs desiderata tout au long des mandats électifs et non, plus ou moins sincèrement, dans les périodes électorales et pré-électorales.

Dans la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, deux articles peuvent trouver une résonance nouvelle grâce aux outils numériques. Le 6 qui dispose que “La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation.” et le 15 “La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.”.

D’un voeu général formulé dans une utopie révolutionnaire la technologie pourra donner un droit positif applicable pour les citoyens.

Références

Tribune de Jacques Attali du 12/12/1996

La démocratie à l’épreuve du numérique

Document de réflexion pour le forum mondial de la démocratie

technologie et démocratie

L’internet et ses usages citoyens

Journal des Télécoms n°235

Numérama, “Qu’est ce que NationBuilder le CMS qui veut renouveler la démocratie ?”

Les forums de discussion politique se caractérisent par une forte homogénéité idéologique : les internautes tendent à aller sur les forums qui confortent leurs opinions et où s’échangent des points de vue relativement similaires aux leurs. Une minorité des participants est à l’origine de l’essentiel des messages et la majorité des internautes lisent seulement les messages sans s’impliquer dans les discussions.

Surreprésentation de certaines catégories (personnes ayant beaucoup de temps, militants associatifs)

Cependant jusqu’à présent, l’internet ne semble pas élargir les bases de recrutement des organisations politiques, ni transformer en profondeur leur mode de fonctionnement, malgré des tentatives en ce sens. Au contraire, comme l’ont montré diverses études sur ATTAC, son utilisation tend à renforcer le pouvoir des militants les plus impliqués ou de ceux qui disposent de ressources ou de compétences particulières.

Il est au demeurant incertain que le surplus d’information que pourrait apporter l’internet ait des effets sur l’exercice de la citoyenneté : les citoyens les plus politisés sont certes de gros consommateurs d’information mais, en général, celle-ci ne modifie pas mais renforce leurs attitudes ; les citoyens qui seraient susceptibles d’être vulnérables à de nouveaux flux d’information et sont peu intéressés par la politique.

Ainsi, loin de favoriser une ouverture du paysage politique, comme on aurait pu l’espérer, l’internet tend à reproduire les rapports de force existants : dans toutes les démocraties industrialisées, les partis politiques les plus importants sont davantage présents en ligne que les formations minoritaires ou marginales car ils sont plus riches et disposent des compétences pour créer et surtout assurer la maintenance d’un site web.

Internet n’est certainement pas la solution à la crise du politique, mais un outil qui, si les mouvements sociaux parviennent à bien se l’approprier et s’il est accompagné par des politiques publiques de promotion de la démocratie, peut à longue échéance affecter substantiellement le fonctionnement des systèmes politiques.

Anne-Marie Gringas

Déficit démocratique, crise de la représentation, dépolitisation, désaffection du politique, crise de légitimité de l’Etat.

Si le peuple est souverain, semble-t-on penser, son apport dans l’espace public doit être visible.

Les paramètres d’un problème et les solutions déterminées par un groupe qui détient les moyens symboliques d’imposer sa définition des problèmes.

La démocratie directe électronique, imaginée par certains, prend appui sur le déterminisme technologique qui imprègne encore souvent la vision du développement des NTIC que se font une partie de la communauté scientifique et les décideurs publics; il ne semble exister aucune distinction entre les possibilités offertes par la technologie et l’usage qui en sera fait.

La démocratie directe par les NTIC suppose aussi un haut niveau de politisation et de participation politique. Or toutes les études sur la participation politiques montrent que l’électorat est peu au fait des enjeux politiques et relativement apathique. Actuellement, seule une minorité s’informe des questions d’intérêt public et délibère.

Au problème de l’intérêt vient se greffer la question du temps disponible pour s’informer et échanger; les travaux portant sur le militantisme soulignent la difficile conciliation travail-famille-vie militante.

A ce stade de la recherche, il ressort que l’usage des NTIC dans les pays démocratiques “relève d’une stratégie additionnelle, et non substitutive, dans l’expression du politique”. Autrement dit, la technologie ne bouleverse pas les structures de l’ordre politique et économique et très rarement, les rapports de force existants, bien qu’elle puisse induire des modifications dans la structure des mouvements sociaux et dans la délibération publique.

Faille actuelle du système politique : “la perte de légitimité que subissent les institutions politiques et qui se traduit par la concentration de la participation politique chez un nombre très restreint d’individus, alors que la plupart manifestent plutôt une certaine apathie, de la mollesse, de l’indifférence à l’égard des formes de participation politique traditionnelle et même parfois non traditionnelle. Le discours homogénéisant des partis, fondé sur l’oubli des tensions sociales et l’exploitation du réflexe grégaire des individus et des peuples, contribue à l’affaiblissement du lien de confiance entre la population et les leaders.”

Si les NTIC sont porteuses de grands espoirs démocratiques, seuls des projets animés par des acteurs sociaux, ancrés dans la nécessité des démocratisations de la société civile et de l’Etat, pourront permettre de concrétiser certains de ces espoirs.